A notre arrivé devant la cave coopérative du haut forez (bon lieu de rendez-vous, non ?) on rencontre un couple d’ornitologues, jumelles autour du cou, calepin à la main et l’oreille assez musclée pour tenir le stylo en toutes conditions...
Le temps de prendre notre EPI et nous voila partis, sur les petits chemins en voiture.
Il faut que je vous donne un conseil si vous partez dans le même genre de ballade en voiture, ne jamais coller une voiture d’ornito, ils donnent des grands coups de frein sur les lignes droites et dans les virages pour s’arrêter (alors qu’il y a même pas de gros arbre), puis échangent quelques paroles étranges :
"Busard des roseaux
confirmer ! 17H45"
puis repartent à fond la caisse en écrivant 2 ligne sur leurs calepins...
Pleine de petite sylvestree en pas très bon état et quelques petits châtaignier, 2 mètres de ronces au sol. Voila le nid, perché à 10m de haut au dessus d’un sylvestre sans tête, un nid de prè d’1m de diamètre, sur 80cm d’épaisseur. - "depuis 5ans on bague le nid, les parents reviennent ici nicher tous les ans. En plus on a laissé une petite ficelle l’année dernière..."
Bon, alors la petite ficelle, bien sur est bloquée, impossible de passer la corde, l’arbre n’a pas de branches avant le nid, et pas au dessus non plus... juste des branches mortes de 15 cm tout les 40 cm sur les 10m de tronc, et pas question de jouer au petit sac sur le nid ! Pas d’arbre à coté permettant un transfert, ok, on va rigoler... Bon, xav lance un petit sac à l’aveugle par dessus un châtaignier à quelques mètres, pour passer une corde de contre-assurage, et moi une petite grimpette à la longe sur les chicot.
Arrivé au nid, je pensais trouver des oisillons, mais là j’ai droit à 3 petits poulets immobiles qui me regardent sans rien dire (c’est quoi cette grosse bête ? Les ours ça grimpe pas normalement ?).
Petit poulet : et oui à environ 42j ils font presque 35 cm de long, et 1kg, pour des poussins, ça fait de beaux poussins.
Une petite couverture sur la tête pour ne pas trop les stresser, puis je les prends 1 par 1 pour les mettre dans un sac à dos tous les trois, et on descend le sac pour la petite visite médicale postnatale.
Une petite pesée, quelques mesures (envergure, diamètre des pattes, longueur du bec...), puis la pose de la bague à la patte. Après ça, le marquage des ailes par des petits bouts de plastiques colorés permettant de les reconnaître avec une simple paire de jumelles. En tout près de 45 minutes pour s’occuper des trois oisillons.
Pendant ce temps là, toujours en haut de l’arbre la tête dans le nid, avec la bonne odeur de charogne, j’observe les bouts de tampax, de sacs plastiques et de laine de verre autour des petits morceaux de viandes. La mère viens me rendre visite, tourne à plus de 10m de moi, en voyant la mère je comprends la taille des petits, aux alentours d’1m 50 d’envergure...
Après un petite photo de famille, on remonte les petits puis les replace dans le nid.
Voila un premier nid et 3 petits de fait. Espérons avoir autant de chance le lendemain. On nous explique que 3 petits dans le nid c’est le maximum, et qu’il arrive souvent que les nids soient visités par les martres qui viennent les égorger. Il n’ont pas vraiment d’autres prédateurs et pas de moyens de défense, ils restent immobiles comme à notre arrivée dans le nid.
Le lendemain nous profitons de notre journée pour se promener dans le secteur avec les ornitos, pour observer quelques rapaces dans le coin... Un Circaète Jean-le-Blanc , un nid de busards des roseaux, avec le mâle apportant la nourriture à sa femelle entrain de couver, un nid de buses avec ses petits. Un combat aérien entre le mâle busard et la buse, le mâle busard s’est trop approché du nid de la buse puis un corbeau et un faucon crecerelle viennent se mêler au combat et en profitent pour mettre ensemble la pâté à la buse... bref une belle journée, très instructive...
Nous voila reparti pour un autre nid dans une forêt un peu plus dégagée, toujours sur un pin sylvestre sans tête (cela offre pour les milans un bon poste d’observation et de décollage).
Il y a encore une petite ficelle dans l’arbre, mais toujours la même galère, la ficelle ne coulisse pas, coincée dans la résine. Un premier jet de petit sac chanceux à 2 mètres sous le nid, permet à xav de grimper au nid. 3 autres petits sont vite descendus dans un protocole maintenant connu. Descendus, bagués, mesurés, pesés, marqués et le tout noté sur la fiche de suivi. Les petits sont encore plus gros que ceux de la veille (jusqu’à 1kg 100 pour le plus gros, presque le poids adulte).
Xav observe le nid, trouve un rongeur et un gros morceau de viande non identifié au milieu du gros nid et de ses déchets plastiques . Une fois le rituel de la photo de famille passé, les petits sont remontés dans le nid, puis abandonnés à leur sort.
En 2 grimpes pour la LPO, 6 petits bagués et marqués. Nous leur souhaitons bonne chance et une longue vie dans leurs interminables allers et retours de migration. Si vous passez l’été près du pays basque vous pourrez peut être les repérer partir se mettre au chaud pour le futur hiver... Bon vol à eux !! !
Jibé
A voir : Milan royal
http://rapaces.lpo.fr/milan-royal
http://rapaces.lpo.fr/sites/default/files/milan-royal/63/actesmilan150.pdf
http://www.loire.lpo.fr/milanroyal.html
http://rapaces.lpo.fr/mission-rapaces/les-cahiers-techniques
Article Grimpô folia 2012 (PDF - 1.3 Mo)